Thailand’s beloved street-food isn’t going anywhere !

Adieu la street-food thaïlandaise ?

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La nature humaine a horreur du changement, c’est bien connu. Ce constat a été particulièrement flagrant ces derniers jours depuis la terrible annonce d’un bannissement total de la street-food thaïlandaise. Médias, touristes sur les réseaux sociaux et public international en général se sont mobilisés pour dénoncer cette mesure locale, bien loin finalement de la réalité vécue dans le pays…

Les origines

Un article publié par le journal The Nation mardi dernier a déchaîné une réaction hors de proportion sur les réseaux sociaux tant au niveau international que local. Le quotidien titrait en une : « BMA (Bangkok Metropolitan Authority) bans all street food across Bangkok this year ». L’article est né des déclarations du conseiller du gouverneur de Bangkok, Wanlop Suwandee, qui, dans le cadre de la campagne gouvernementale menée par le Conseil National pour la Paix et l’Ordre, a tenu les propos suivants :

« The BMA is now working to get rid of the street vendors from all 50 districts of Bangkok and return the pavements to the pedestrians. Yaowarat and Khao San Road will be our next goal in clearing out illegal vendors. No exceptions. »

Les médias et le public ont alors relayé l’information – en moins de temps qu’il ne faut pour le dire – selon laquelle la BMA se préparait à purger les rues des quartiers touristiques de Bangkok de ses célèbres vendeurs, après avoir nettoyé d’autres quartiers dans les semaines précédentes.

Mais qu’en est-il en réalité?

En premier lieu il semble que les touristes et visiteurs pour qui la Thaïlande – et Bangkok notamment – est connue essentiellement pour sa street-food, soient les premiers alarmés et les plus touchés par cette annonce. Mais ce qui se cache derrière diffère finalement de ce qui a été massivement relayé sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux.

Il ne s’agit pas de bannir la street-food purement et simplement de la capitale, loin de là. La Thaïlande a conscience de son statut de pays ayant la meilleure street food au monde (nommée par CNN pour la deuxième année consécutive), le gouvernement projette même d’établir une journée internationale de la street-food !

Par ailleurs, le premier ministre Prayut Chan-o-cha a reconnu le caractère unifiant de la street-food bangkokoise, incarnant le charme de la capitale, et souhaite saisir cette opportunité pour booster le tourisme du pays. Cette position a aussi été confirmée par le porte-parole du gouvernement, le Lieutenant Général Sansern Kaewkammnerd, qui a démanti l’intention du gouvernement de bannir la street-food des quartiers très touristiques – Yaowarat et Khao San Road notamment.

Mais alors comment expliquer ces déclarations ?

C’est face au cri désespéré du public et des vendeurs de rue que le gouvernement a du clarifier son annonce. Il ne s’agit pas de balayer les trottoirs bangkokois de toute street-food mais plutôt d’initier un mouvement d’assainissement et d’ordre dans les rues de la capitale – à commencer bien sûr par les vendeurs de rue et la régulation de leur activité.

L’annonce revêt ainsi des notions essentielles relatives à l’hygiène, la praticité et à l’économie. Ainsi, le gouvernement prévoit dans son plan de rétablir les trottoirs à l’usage piéton exclusivement – lesquels se plaignent régulièrement du manque d’espace et du danger de devoir marcher sur la route-; de réguler l’activité; d’imposer des mesures de sécurité alimentaire et d’en améliorer les standards d’hygiène.  Par ailleurs, le gouvernement s’est engagé à trouver de nouvelles localisations pour les stands des vendeurs de rue, à un prix raisonnable et à proximité de leur point de vente d’origine.

Hygiène, praticité et standardisation, égalité économique et sociale

Comme souligné précédemment, l’intérêt primordial de ce plan vise l’hygiène, surtout dans les zones les plus touristiques de la capitale. Concernant les deux rues touristiques de Yaowarat et Khao San, la BMA prévoit notamment de former les vendeurs de rue sur les questions relatives à l’hygiène avant qu’ils ne cuisinent et vendent dans la rue. Ils seront notamment soumis aux régulations suivantes : cuisiner seulement dans des endroits secs et au miminum 60 centimètres au dessus du sol; porter des vêtements régularisés par la BMA ou encore avoir recours à des ustensiles propres, et non nettoyés sur les trottoirs.

Ensuite, viennent la standardisation et la praticité. Les vendeurs de rue – dont la prolifération au mètre carré a explosé au début des années 2000, lors d’une mesure gouvernementale favorisant leur implantation moyennant une location pécuniaire – ont envahi les trottoirs de la capitale et dans beaucoup d’endroits, il est difficile pour les piétons de marcher en sécurité. « On doit souvent marcher sur la route pour pouvoir passer, c’est dangereux » m’explique une collègue thaïe, qui parle, selon elle, pour beaucoup d’habitants de la capitale.

Les questions économiques enfin. Il faut savoir que les vendeurs de rue ne sont pas imposables. Invoquant souvent leur manque de moyens financiers, ils sont exemptés d’impôts et payent simplement une location mensuelle pour l’emplacement occupé. Cependant, il s’avère que certains vendeurs de rue peuvent gagner jusqu’à 10 000 bahts (267€) par jour (pas tous, bien évidemment), salaire confortable et bien plus élevé que la plupart des employés de bureaux…imposables eux.

Par ailleurs, la régularisation permettrait de contrôler la vente de nourriture illégale opérée par des migrants et c’est finalement cette notion que l’on retrouve dans la citation du conseiller Suwandee : « Yaowarat and Khao San Road will be our next goal in clearing out illegal vendors. No exceptions. »…

Pour toutes ces raisons invoquées, la réalité semble différente du relai opéré dans les médias internationaux. Il faut savoir qu’il existe aussi de nombreux Thaïlandais favorables à une réglementation de l’activité des vendeurs de rue qui amènerait plus d’équité. Une collègue me parle notamment d’un groupe facebook, « Anti-Hawkers » (« Anti-Marchands Ambulants ») dont les 22 000 membres plaident pour une régularisation des vendeurs de rue.

La situation est donc délicate pour le gouvernement qui ne doit pas ignorer les voix des 68 millions de Thaïlandais dont le salaire quotidien de 300 bahts (8€) en moyenne n’offre pas d’autre alternative que de consommer des repas à 50-60 bahts (1€50) dans la rue, ni celle des vendeurs de rue dont c’est le seul revenu; mais pas non plus celle des travailleurs de bureau dans l’incompréhension face à certaines injustices économiques…

Le pays qui vient d’annoncer l’arrivée du Guide Michelin en Thaïlande a bien conscience de la richesse de sa gastronomie. À petite échelle cependant, la modernité ne doit pas être mise de côté et une régularisation des normes pourrait être bénéfique.

Que retenir?

Ainsi, le bannissement est loin d’être aussi terrible que ce que laissent paraître les médias internationaux, et concerne des questions d’hygiène et d’égalité plus que d’autoritarisme infondé. La Thaïlande est simplement soumise au développement économique et social du pays qui se doit de répondre à des normes d’hygiène, de praticité et d’égalité économique modernes. De plus, un bannissement absolu de la street-food thaïlandaise reviendrait pour le gouvernement à se tirer une balle dans le pied – et il en a bien conscience – puisque les pertes économiques liées au tourisme seraient énormes.

Finalement, les plus alarmés semblent surtout être les touristes qui ne passent qu’un temps limité dans la capitale et qui, par nostalgie anticipée, souhaiteraient ne jamais voir le plaisir de la street-food thaïlandaise disparaître de leur (potentiel) séjour idéalisé.

Bien sûr, un questionnement subsiste quant à l’étendu du plan et du bannissement; les questions évoquées d’hygiène et d’ordre ne seraient-elles que des raisons polissantes et consensuelles cachant des mesures en réalité plus drastiques? L’ombre du S44 (l’équivalent de notre 49:3) appliqué dernièrement pour les régulations sur la route plane au dessus des stands de rue…

Et si certaines zones très touristiques pourraient être épargnées d’un bannissement radical, cela risquerait de provoquer des mécontentements de la part de vendeurs de rue localisés à d’autres endroits de la capitale… Effectivement, si les zones très touristiques de Yaorasat et Khao San semblent finalement épargnées d’un balayage pur et simple, d’autres quartiers de la capitale ne peuvent pas en dire autant : Siam Square, Victory Monument ou encore Sukhumvit n’ont pas reçu plus de détails quant aux alternatives possibles suite au nettoyage des stands de rue…

Pour info

Ma connaissance limitée des faits et du pays ne me permettent pas de répondre avec certitude à ces questions légitimes ni de prétendre avoir raison ! Il ne s’agit que de mon avis personnel que je partage, basé sur mon expérience vécue à Bangkok, sur les discussions que j’ai eues avec des Thaïlandais et sur la lecture de journaux locaux.

Finalement, comme beaucoup d’articles rassurants parus ces derniers jours dans les quotidiens locaux, il me semble que la street-food thaïlandaise a encore de beaux jours devant elle – celle touristique tout du moins !

Affaire à suivre…

*  *  *

Thailand’s street-food farewell ?

Human nature hates change, it’s a known fact. This reality was verified in the blasting news that has shaken the social media sphere for the past week when it was announced that Thailand was getting rid of its oh-so-popular street-food. The media, tourists and the international public in general have seized the issue and denounced it on social media and in newspapers, sometimes in offset argumentations compared to what’s really going on in the country…

How it started

The Nation newspaper published an article last Tuesday entitled : « BMA (Bangkok Metropolitan Authority) bans all street food across Bangkok this year », which immediately triggered out-of-proportion reactions on social media both locally and internationally. The article was based on the declarations of the chief advisor of Bangkok’s governor, Wanlop Suwandee, whom was addressing the press regarding the ban campaign led by the Counsil for National Peace and Order. He stated :

« The BMA is now working to get rid of the street vendors from all 50 districts of Bangkok and return the pavements to the pedestrians. Yaowarat and Khao San Road will be our next goal in clearing out illegal vendors. No exceptions. »

Needless to say that both the media and the public have massively taken over the terrible news that the BMA was about to purge Bangkok’s touristic streets from its vendors, after having already done so in other districts of the capital.

But what is actually going on?

From an insider’s point of view, it seems that tourists and visitors that hold Bangkok’s street-food dear to their heart are the most alarmed public when in reality, what’s going on here is quite different than what’s being displayed in the media.

The announcement doesn’t stipulate the complete ban of street-food from the capital. Thailand’s aware of its status as the world leading country in street-food, titled given by CNN a few days before the release of the article, and the government even plans on establishing an International Street-Food Day!

Thailand’s PM Prayut Chan-o-cha has acknowledged the unicity brought by street-food in Bangkok and it’s role in being part of the country’s charm. He wants to seize this opportunity to boost tourism. The government’s spokesman Lt Gen Sansern Kaewkammnerd has also denied the intention to ban street-food from touristic districts – Yaowarat and Khao San Road more specifically.

What do those declarations mean then ?

In front of the public’s despair and cry on social media, the government has had to clarify it’s declarations. The plan isn’t to suppress every stall from the streets of Bangkok but rather to initiate a movement promoting health and order, through regulation of street vendors in particular. 

The government’s plan includes giving pavements back to pedestrians (which often complain about the lack of space to walk around and about the danger of having to step on the road to move along); to regulate street-vendor activity, to enforce food-security measures and to improve food hygiene standards. The government also mentioned that it would provide vendors new locations close to their previous ones and to an affordable price. 

Hygiene, standardization, and equity

Hygiene appears as the overriding interest in the government’s plan, especially as regards the most touristic zones in Bangkok. On Yaowarat and Khao San road, the BMA plans to provide training to street vendors on hygiene matters before they settle their business. They would have to follow a certain number of rules : cooking in dry spaces, at least 60 cm above ground; wearing specific clothing approved by the authority; to use proper utensils and not to clean them in the streets.

The number of street-food vendors has exploded in the early 2000s when a governmental policy favored their establishment by means of a rent. It has led to the current fact that today, it has become difficult for pedestrians to safely walk on pavements. Speaking for many inhabitants, one of my colleagues explained : « We often have to walk on the road to move along, it’s dangerous ».

Then comes the economic issue. Street vendors, invoking their low income, are exempted of taxes and only pay a rent to run their businesses. But in reality, some vendors earn up to 10 000 bahts (267€) per day – not all of them obviously -, which is a very comfortable salary, much higher than most desk workers, who pay taxes…

Regulation of street vendors would also allow the government to tackle illegal activity operated by migrants, which is what’s declared in Suwandee’s quote : « Yaowarat and Khao San Road will be our next goal in clearing out illegal vendors. No exceptions. »…

For all these reasons, reality seems to be slightly different than what we can read in the media. Many Thai people are actually in favor of this regulation which would solve equity issues. The Facebook group « Anti-Hawkers » has more than 20 000 members promoting further regulation of street-vendors.

The situation’s tricky for the government. They can’t ignore the voices of the 68 million inhabitants that have no other alternative than to eat off the streets for 50-60 bahts (1€50) as they only earn 300 bahts (8€) a day. Neither can they ignore those of street-vendors themselves who live off of their business. But in the meantime the government has to take into account the legitimate request of desk workers that want more regulation and economic equity.

Thailand which has just announced the launch of the Guide Michelin in the country grasps the country’s full potential when it comes to its gastronomy. But on a smaller scale, modernity can’t be sidelined and standardization would be welcomed on the street-food scene.

What to remember ?

Total and pure ban isn’t accurate here. Thailand’s economical and social development implies that the country has to answer modern hygiene and standard norms.

The most alarmed people seem to be tourists who only spend a short amount of time in the country. They seem scared that their delight of Thai food would disappear from their ideal trip to Thailand if street-food stalls were to be banned.

Of course, one can still question the true intention behind the government’s plan. Are hygiene and order superficial reasons evoked to bring consensus before implementing more drastic measures? Is the government’s S-44 something we should worry about as regards street-vendor regulations?…

Moreover, if the government has reassured Thais and tourists about the fact that touristic zones would be spared from the ban, it seems that other districts haven’t had more details since the cleaning of their streets from food stalls… Siam Square, Victory Monument or parts of Sukhumvit are still waiting.

One last thing…

I’ve just shared my personal opinion on the matter based on my experience of living in Bangkok, on the conversations I share with locals and on the articles I’ve read. I don’t have perfect knowledge of the issue and in no way am I pretending to hold the truth here.

But from what I’ve seen and read so far, it seems to me that Bangkok’s street-food still has a promising future ahead – in touristic zones at least !

To be continued… 

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